Les anecdotes du GAF – épicerie sociale de Versailles

Mis à jour le 25.10.2021. En plus d’apporter une aide alimentaire, le GAF est un lieu de convivialité. Le masque et la distanciation sanitaire ne nous empêchent pas d’échanger avec nos bénéficiaires sur leur santé, leurs joies ou leurs difficultés. 

“C’est le Seigneur qui vous envoie” nous dit Mme AY au téléphone quand nous lui proposons notre reliquat de produits frais car le GAF ferme pendant 2 semaines. Sans emploi pérenne, Mme et sa fille étudiante vivent une situation paradoxale : un logement dans le privé, coûteux même si inférieur au prix du marché, ce qui ne la rend pas prioritaire pour un logement social. Elle attend depuis 5 ans une offre à Versailles, et connaît des fins de mois difficiles durant les périodes de chômage.

Nous avons réussi à amadouer Mme AX, voisine du GAF, et au caractère bien trempé. Elle nous raconte alors avoir pu bénéficier d’une balade en bateau-mouche. Ce qui a permis à ses filles de 5 et 3 ans de découvrir la Tour Eiffel.

M. AW pourra venir plus souvent au GAF car il a pris son pass Navigo. Cela parce qu’il vient d’être embauché comme barman à la Seine Musicale de Boulogne, ayant réussi son examen consistant entre autre à réaliser par coeur 2 cocktails tirés au sort parmi 80. Il est fier de sa note de 14.8/20.

Le GAF soigne la qualité de son accueil, mais n’a pas vocation à soigner les chats. Avec moult précautions, il nous a fallu déloger celui qui s’était glissé derrière la pile de cartons de pâtes à l’occasion du rangement de la collecte. Et comme le félidé y avait passé 2 jours avant qu’on s’aperçoive de sa présence, nous avons aussi dû nous débarrasser des déjections et effectuer le nettoyage idoine.

“Chacun son tour” déclare fièrement une cliente d’Auchan V2 remettant généreusement quelques denrées aux bénévoles lors de la grande collecte du 9 octobre 2021. Elle nous explique qu’elle-même était bénéficiaire de l’aide alimentaire avant de voir sa situation s’améliorer.

Madame AV est revenue déçue de son entretien avec une assistante sociale stagiaire qui lui a dit, au vu de ses ressources : “vous n’avez pas besoin” (de l’aide alimentaire du GAF). Cela sans regarder les charges, alors qu’elle a de gros frais d’orthodontie pour 2 de ses enfants, et qu’elle ne bénéficie plus de la mutuelle de son ex-mari.

Une de nos bénévoles est médecin et très portée sur la diététique, sujet qu’elle aborde volontiers avec les bénéficiaires, dont Mme AU qui nous communique avec gourmandise sa recette de la “canette cuite au coca-cola sans sucre”.

Des pâtes, des pâtes, oui mais des spaghettis ! Nous questionnons Mme AT au sujet de ce choix fréquemment exprimé. Les spaghettis ont-ils meilleur goût ? La réponse reste elliptique : “les enfants préfèrent”. Pour lui faire plaisir, nous grimpons à l’échelle dans la réserve pour explorer l’un des nombreux cartons contenant des pâtes, bestseller des collectes alimentaires en magasin.

Mme AS vient rarement s’approvisionner chez nous, car elle travaille tous les jours aux horaires d’ouverture du GAF. « Vous avez donc un revenu, n’est-il pas suffisant » demandons-nous ? « Non, répond-elle, car c’est un petit salaire, j’ai 2 filles au collège, je suis en instance de divorce en Algérie, et une démarche non effectuée bloque le dossier. Je ne reçois donc plus de pension alimentaire, heureusement qu’il y a les allocations familiales et de logement.

Mme AR, bénéficiaire du RSA, habite à Jouy dans un logement précaire. Soutenue par l’équipe locale du SC qui l’accompagne régulièrement au GAF, elle est en passe de s’en sortir : elle touche enfin sa pension de retraite, et emménage à la rentrée de septembre dans un 45 m² au centre de Jouy, qui sera équipé avec l’aide des bénévoles du Secours Catholique.

L’amertume des sympathies interrompues. Les bénéficiaires du GAF se voient en général accorder 8 passages, renouvelables selon l’analyse de la situation par le travailleur social qui a fait l’orientation initiale. Des liens ont donc le temps de se nouer entre bénévoles et bénéficiaires. Et lorsque notre aide s’arrête, c’est toujours avec un pincement au cœur que nous nous séparons.

“Allo, est-ce que je peux venir me faire couper les cheveux ? ” – “Non Madame, Françoise n’est malheureusement plus disponible”. Car une bénévole du GAF ayant les talents de coiffeuse utilisait notre petit local avec lavabo pour rendre ce service gratuit très apprécié. “Donnez-lui mon bonjour”, insiste-t-elle, “C’est Maria, de Pontchartrain. Merci de tout mon coeur”.

Le GAF prête épisodiquement son bureau à un écrivain public qui aide les personnes dans leurs démarches administratives. Ce jour-là, Monsieur X se présente au GAF, désemparé que ce ne soit pas le jour de permanence. Je contacte l’écrivain public qui me donne le feu vert pour rédiger la lettre de réclamation dont M. X a besoin pour faire valoir ses droits.

Mme AQ vient de payer sa participation pour son 8e passage au GAF, ce 2 juillet 2021, juste avant la fermeture estivale. Elle est très émue : “C’était la dernière fois. Je vous remercie beaucoup”. Ces simples mots sont très réconfortants pour les bénévoles présents.

Le GAF accueille un stagiaire en ingénierie, âgé de 19 ans, qui doit consacrer 70h à l’activité de l’épicerie sociale : rangement d’une collecte, classement informatique des dossiers, statistiques sur les passages effectués. Nous lui confions aussi l’accueil d’un bénéficiaire dont il prépare le caddie, et qu’il trouve “très gentil, touchant et sympathique”.

L’approvisionnement du GAF se fait essentiellement par des collectes devant les commerces alimentaires. Mme X., habitante du quartier Grand Siècle à Versailles, ayant raté la dernière collecte, prend l’initiative de faire des achats qu’elle apporte au GAF en tirant son charriot roulant lourdement chargé. Essoufflée car venue à pied, et cela monte jusqu’au quartier Jussieu, elle nous fait cette belle surprise.

Mme AP, d’origine tunisienne, vit dans la précarité professionnelle (distribution de journaux gratuits), alimentaire (Croix-Rouge et ramasse de magasins) et de logement (loyer en retard). Ce qui ne l’empêche pas d’avoir le projet un peu fou d’acquérir pour 600 euros une roulotte à retaper pour en faire une librairie mobile pour les sans-abris à Paris. Car son petit appartement croûle sous les livres. Elle a de ce fait peu de temps pour venir au GAF nous raconter l’évolution de sa situation.

Mme AO aime le concentré de tomate qu’elle met à toutes les sauces. Quand je lui demande comment elle ouvrira la boîte de conserve sans languette, elle mentionne son couteau. Je m’affole en imaginant qu’elle puisse se couper, et j’achète un ouvre-boîtes que je me fais un plaisir de lui offrir à son passage suivant.

Pour pouvoir venir au GAF depuis Le Chesnay, Mme AN a laissé son bébé seul sous la garde de sa fille aînée âgée de 9 ans. Pour avoir pris ce risque, c’est dire combien notre aide alimentaire lui est nécessaire.

Nous sommes bien amusés de voir M. AM venir au GAF avec une valise pour y ranger minutieusement ses denrées. Il nous explique que grâce à la poignée de ce bagage, c’est le moyen le plus pratique pour gravir l’étroit escalier en colimaçon menant à son appartement situé dans un immeuble ancien.

Habitant au Chesnay, Mme AL est chaque fois embarrassée pour rentrer du GAF en autobus, chargée par les victuailles de l’épicerie. C’est pourquoi un de ses amis est venu expressément d’Elancourt pour la véhiculer. Quel dévouement exemplaire !

Mme AE nous apporte cette fois du thé à la menthe et des pâtisseries algériennes : un délice. En retour, nous lui offrons une énorme citrouille que nous aurions d’ailleurs eu du mal à distribuer. Mais comme cela alourdit considérablement son caddie à roulettes, je l’accompagne jusqu’à la station de bus. En chemin, je la questionne sur son collier de perles. C’est en fait son chapelet rapporté de La Mecque. “Je le travaille tous les jours”, me dit-elle en récitant les versets symboles de sa foi profonde.

“Quand on donne, on reçoit. C’est la générosité du divin” nous déclare Mme AK en apportant à Soligratuit les vêtements dont sa fille n’a plus besoin, avant de venir se faire servir au GAF.

La liste des produits proposés par notre épicerie sociale est déjà bien fournie, mais nous ajoutons à côté de la “vitrine” un présentoir proposant pâtes et riz complets, pour les bénéficiaires qui suivent un régime alimentaire.

Un moment de flottement s’installe quand Mme AJ se présente au GAF : pas de dossier à son nom. Elle nous présente alors un document établi par une assistante sociale que nous connaissons bien, mentionnant “Distribution alimentaire”. Mais à y regarder de plus près, Mme AJ est en fait orientée vers le Secours Populaire au 10 villa Bonne Aventure, près de chez nous. Décidemment, le GAF du Secours Catholique est devenu … bien populaire. Mme AJ ne repart pas les mains vides.

Nos bénéficiaires ont parfois besoin de se confier. Battue par son conjoint, Mme AI a dû quitter précipitamment son foyer. Le 115 a pu l’aider à se reloger, et l’a orientée vers le GAF pour une aide alimentaire. Nous l’écoutons avec empathie.

L’heure de fermeture est déjà dépassée, lorsque M. AH téléphone pour expliquer pourquoi il n’est pas venu au GAF depuis quelques semaines : une chute à vélo l’a blessé aux mains, et il ne pouvait rien porter. Mais il aurait besoin de nourriture, des légumes essentiellement. Je propose de lui apporter un panier correspondant à ses souhaits, il reste d’ailleurs des courgettes, des navets et des carottes. Sur place, après les chaleureux remerciements, il me dit : « vous ressemblez tellement à un député Srilankais renommé chez nous. »

Le GAF partage les locaux de l’immeuble avec une ressourcerie, SOLIGRATUIT. Deux personnes venues récupérer gratuitement quelques vêtements s’arrêtent devant notre porte et nous sollicitent : ” Nous n’avons rien mangé depuis 2 jours”. En dépannage, nous leur donnons des pâtes, des lentilles cuisinées, une brique de potage, du chocolat, des biscuits, un laitage et des fruits. Cela ne privera aucun de nos bénéficiaires dûment répertoriés, et ne grèvera pas le budget.

Mme AG nous fait comprendre qu’elle est pressée, devant être rentrée pour la sortie d’école. Nous lui demandons pourquoi elle n’est pas venue plus tôt. Diabétique, elle avait un RV pour une prise de sang. Nous nous organisons pour la servir sans attendre.

La discussion est animée ce 24 juin 2021. On évoque arbitrage, coups francs et penalties. Il est vrai que le match France-Portugal de l’Euro 2021 avait eu lieu la veille, et que tout en étant en France depuis des décennies, Mme AF, née à Porto, est encore attachée à ses racines lusitaniennes.

Une bénéficiaire se présente au GAF. “Quel est votre nom s’il vous plaît ?” – “CÉLUBÉ” – Bizarre, pas de dossier vert sous ce nom. Vite, un coup d’oeil dans l’armoire des archives. Rien non plus. Aurions-nous mal compris ? On se hasarde à poser la question une 3e fois. Réponse : “C’est LUBÉ” (NB. le nom a été changé)

« Comment ça va ? » demandons-nous à Mme AE que nous avons plaisir à revoir. « Hamdoulilah ! » répond-elle en souriant et en nous expliquant que ce mot magique en arabe signifie dans ce contexte « on est bien dans notre tête, on a tout, la santé, la richesse du cœur, on accepte ce que Dieu nous a donné ».

Nous nettoyons fréquemment les locaux du GAF, à l’intérieur bien sûr, mais aussi les abords du magasin. Sur le parvis, une habitante m’aborde gentiment avec une question insolite : « Depuis mon balcon, je vous vois souvent ramasser les déchets. Vous êtes maniaque ? » Je la rassure, je n’ai aucun trouble obsessionnel compulsif. Je veux simplement rendre l’épicerie accueillante.

Madame AD vient pour la première fois. Elle est ravie du café que nous lui offrons et de la possibilité de discuter avec nous très librement. Lorsqu’elle apprend la prise en charge exceptionnelle de ses paniers par le CCAS de sa commune, elle ne peut retenir de chaudes larmes. Elle étreint sincèrement la bénévole qui l’a servie, malgré les gestes barrières. Elle avait besoin du contact humain pour évacuer sa tension et pour partager tant de soulagement pour elle et son petit garçon.

Madame AC est une habituée des dettes envers le GAF : une fois sur deux, n’ayant pas assez d’argent sur elle, elle repart avec un « reste dû ». A son dernier passage, le GAF a réussi à lui faire payer sa dette contractée un mois auparavant, moyennant une heure de transbahutage, de comptage et recomptage, de négociations au centime près. Elle avait pourtant annoncé qu’elle avait “environ assez pour payer les courses aujourd’hui”, une notion bien floue que le GAF s’est attaché à préciser.

La poule aux oeufs d’or doit certainement exister. Notre fournisseur nous a facturé 2000 euros pour 360 oeufs, ce qui a fait tiquer notre responsable des achats. Renseignement pris, nous bénéficierons d’un avoir à déduire de notre facture.

M. & Mme AB, réfugiés originaires du Moyen-Orient, ont 6 enfants, âgés de 1 à 21 ans. Sans permis de conduire, Mme peine à rapporter les lourds paniers de vivres du GAF vers chez elle, près des Chantiers. Elle me sollicite pour la ramener avec sa cargaison. C’est l’occasion de bavarder. « Moi habitais 10 ans Maurepas. Connais ? » me demande-t-elle.

Mme AA réussit à se faire discrète dans un recoin de l’épicerie. Elle dégrafe son corsage pour allaiter son nourrisson, pendant qu’une bénévole lui prépare le panier avec les denrées que la maman a choisies au préalable.

M. Z prend le soleil sur le parvis du GAF, et se décide à rentrer chez nous pour le plaisir de bavarder. Dans la tenue estivale du baroudeur qu’il a été dans sa jeunesse, il nous raconte sa vie tumulteuse, tout en prétendant avoir dirigé un chantier au Congo, et avoir été premier de la classe en littérature durant sa scolarité. Qu’à cela ne tienne, je lui demande ses auteurs préférés. Et ne voila t-il pas qu’il nous déclame “Le corbeau et le renard”.

Une musique assourdissante, venue de l’extérieur, envahit soudain le GAF ce samedi vers midi. Je sors et je gravis l’escalier menant au parking entre 2 immeubles. Cinq musiciens entourés d’une cinquantaine de joyeuses personnes célèbrent un mariage algérien. Le mari porte un large vêtement dont il couvrira son épouse, symbole de protection. C’est ce que m’explique Mme Y, ancienne bénéficiaire du GAF, que je reconnais dans l’assistance.

Il est déjà 11h45 quand Mme X arrive au GAF. Nous sommes un peu gênés pour la servir, la caisse est déjà fermée, mais nous lui proposons un panier de dépannage. “Pas du tout”, nous dit cette bénéficiaire de notre épicerie, “aujourd’hui, je suis seulement venue vous apporter un curry de poulet à la chinoise. Pour le personnel !” précise-t-elle. Elle offre même les ramequins pour nous répartir le délicieux plat.

Sur la table “produits à donner” trône une boîte de conserve sans étiquette. Je la propose à Mme W qui est Ukrainienne : “prenez, c’est peut-être du caviar !”. La réponse fuse immédiatement : “jamais goûté moi !” Cette boîte sera finalement donnée à M. U qui promet de nous envoyer une photo du contenu. La réponse arrive peu de temps après : de la ratatouille.

Il nous arrive d’accueillir au GAF des bénéficiaires ne parlant pas un mot de français. Ce matin-là, Madame V vient pour la première fois. Nous voyons sur sa fiche qu’elle vient d’Inde. Une bénévole se lance : « seb ?». Madame V ne réagit pas. La bénévole va chercher un fruit et lui dit : « pomme en français, seb en hindi ». Son visage s’éclaire d’un large sourire. La préparation du panier peut commencer.

Grâce au dévouement des bénévoles et à la générosité des clients des supermarchés, de belles collectes permettent au GAF de s’approvisionner régulièrement. Cerise sur le gâteau, notre épicerie a récupéré des dizaines de boites de conserve cabossées, donc invendables, offertes par le magasin de Buc où avait eu lieu la collecte. Nos bénéficiaires en profitent sans bourse délier. Monsieur U a choisi une boîte mystère, sans étiquette. Fin de l’énigme à son prochain passage.

Du fait de ses allergies, Mme T ne peut pas laver ses vêtements avec la lessive en poudre que le GAF propose habituellement. Par chance pour elle, de la lessive liquide avait été obtenue lors de la dernière collecte à Viroflay.

Monsieur S a le cœur sur la main. Voisin d’une bénéficiaire de St-Cyr, il la véhicule et rapporte même un 2e panier pour une autre dame qui vient d’accoucher. M. est d’origine Mauricienne, issu d’une famille de 10 enfants, tous élevés dans la foi et dans le souci des autres : par exemple visiter les vieux et les malades.

Le GAF relance régulièrement par téléphone les bénéficiaires qui ne se sont pas présentés à l’épicerie après l’accord transmis par le travailleur social. C’est ainsi que Mme R, à qui un message avait été laissé, se présente pour obtenir son premier panier. C’est les larmes aux yeux qu’elle confie à la caissière du jour les raisons, liées à tant de difficultés personnelles, qui l’avaient empêchée à franchir le pas.

Notre fournisseur de fruits et légumes nous livre chaque semaine à des prix imbattables. Dans le contrat, nous acceptons 30% de produits surprises, les surplus des commerçants. Ce mardi matin, nous récoltons un cageot de pleurotes. S’ensuit avec les bénéficiaires du GAF une discussion sur la meilleure façon de les agrémenter.

Mme P accompagne sa fille qui fait ses emplettes au GAF. Ne parlant que le russe, Mme P cherche néanmoins à établir le contact, et pour cela me montre sur son smartphone les photos de ses chefs d’oeuvre : des roses, un dragon, un chapeau melon, une maison scandinave, un tank, le mont Ararat … tout cela sous forme de pâtisserie. Quelle artiste !

Le GAF a hérité des pelotes de laine d’une dame décédée dans le quartier. Ce qui a fait le bonheur de Mme O qui tricote des écharpes aux couleurs de l’Arménie, son pays d’origine. “Tricoter, cela relaxe : les mains travaillent, la tête se repose” me confie-t-elle.

Madame N a été bénéficiaire de notre épicerie début 2020, pendant 2 mois, juste avant le premier confinement. Elle vient nous saluer au GAF en ce mois de mai 2021. Désormais, elle est bénévole à la Croix-Rouge où elle distribue des colis alimentaires.

Record de vitesse au GAF, du 15 à l’heure. Nous sommes fiers d’avoir pu servir 15 bénéficiaires dans un si court laps de temps, mais frustrés de ne pas avoir pu dialoguer autant que nous le faisons d’habitude. Nous cherchons bien sûr à mieux étaler les passages pour éviter les rushes stressants.

Quand il y a une collecte alimentaire, le samedi après-midi, c’est opération rangement. Pour disposer les denrées dans les étagères, plusieurs bénévoles se mobilisent, parfois en famille. Un parent précise : “les enfants trouvent cela encore plus amusant que les fêtes d’anniversaire”.

Il est déjà 11h45 ce mardi, les 2 lourds sacs de denrées sont confiés à Mme M. qui précise qu’elle va vite prendre son bus n°7 pour Viroflay, bus devant passer 5 minutes plus tard. Entendant cela, et étant venu en voiture, je lui propose de la ramener directement chez elle. Ainsi, ses 4 enfants de retour de l’école n’auront pas eu à l’attendre pour déjeuner.

M. et Mme L sont d’origine marocaine. C’est leur première venue au GAF. Une plaisante conversation s’engage sur la situation économique et politique de leur pays natal. Le montant de leur caddie s’élève à 19 €. Au moment de lui rendre la monnaie sur son billet de 20 €, M. L restitue la pièce en me disant que c’est pour aider quelqu’un qui serait bien plus en précarité que lui.

Madame K est contente de se confier : “j’ai connu l’aisance, et maintenant je n’ai plus rien”. Une polyarthrite survenue à l’âge de 18 ans a déformé ses doigts, de sorte qu’elle ne peut même plus ouvrir de boîtes de conserve. Le GAF lui donne généreusement les aliments adaptés dont elle aura l’usage.

Madame J téléphone pour s’assurer que le GAF sera ouvert le lendemain. Elle a plaisir à entendre une voix rassurante, et précise ” Le frigo est vide, qu’est-ce qu’ils mangent, les ados !”

Madame I vient pour la première fois comme bénéficiaire du GAF. Du moins le croyons-nous, jusqu’à ce qu’elle nous raconte avoir déjà rencontré des difficultés financières en 2012 et avoir fréquenté alors notre épicerie. Mais entre temps, quand tout allait mieux, c’est elle-même qui fut bénévole à la Roulotte du Secours Catholique à Versailles.

« Les enfants se sont régalés avec Nutella » nous déclare Madame H. Même si le GAF est réticent à distribuer de la pâte à tartiner (on n’en fait pas mention sur la fiche produits), denrée a priori peu diététique, les habitués de notre épicerie savent qu’on a quelques pots en rayon, grâce aux collectes en magasin.

Monsieur G est de bonne humeur. Après sa convalescence, il peut enfin venir au GAF bénéficier de notre aide alimentaire. Car il a été opéré par le meilleur chirurgien qui soit. Et il tient à nous montrer sa longue cicatrice sur le bas du dos, le long de la colonne vertébrale. Aidé de son smartphone, il nous explique ce qu’est une laminectomie lombaire.

Jour de folie ce jeudi 29 avril 2021 : nous servons plus de 30 familles, avec moins de bénévoles qu’espéré. Mais nous faisons face à toutes les situations imprévues, tristes ou cocasses, comme lorsque Madame F nous demande où elle peut changer son bébé. Dans la cuisine du GAF, l’évier est aménagé en table à langer.

Monsieur AV nous a mis mal à l’aise, car nous n’avons pas pu lui donner entière satisfaction. En ce jour de fin juin 2019, il nous explique ses contraintes alimentaires qui l’amènent à ne vouloir que des conserves. Il comptait en fait sur le GAF pour faire sa provision pour l’été. Or ce sont des paniers équilibrés, avec épicerie variée, fruits et légumes, surgelés, produits d’hygiène … que nous avons vocation à servir. Un compromis a été trouvé, mais nous n’avons pas revu M. AV à la reprise en septembre.

Madame E est Algérienne et élève seule sa fille adolescente. Son budget est précaire, mais aidée par le GAF et par elle-même, elle a su sortir de la spirale infernale des dettes et des découverts bancaires. Pour fêter son dernier passage à notre épicerie, elle se présente avec un magnifique couscous que les bénévoles se partagent avec gourmandise. Quelques mois plus tard, Mme E. récidive avec un poulet aux olives.

Monsieur D est cuisinier, au chômage du fait de la crise sanitaire. Il vient d’assez loin pour bénéficier de notre aide alimentaire. Il en est tellement satisfait qu’il nous a confié : quand j’aurai à nouveau du travail, je ferai un don au Secours Catholique.

Madeleine M. 84 ans, bénévole au Secours Catholique depuis sa retraite de l’Education Nationale, nous envoie une longue et émouvante lettre manuscrite. Du fait de la santé défaillante de son mari, elle ne reprendra pas son poste au GAF à la rentrée de septembre 2020. Elle espère qu’on trouvera à la remplacer par un plus jeune tout autant déterminé à rendre ce magnifique service.

Madame C habite à 2 pas du GAF. Elle nous a été adressée par le CCAS de Versailles. Mais elle a de grosses difficultés pour se déplacer, et ne se voit pas rentrer du GAF avec son panier et son déambulateur. Alors nous lui apportons régulièrement du lait, du beurre, des œufs, des légumes, et son péché mignon, du sucre vanillé pour agrémenter la compote. Mais le plus drôle, c’est qu’à chaque fois que nous l’appelons pour annoncer la livraison, nous avons droit au concert d’aboiements de ses 2 caniches.

Monsieur B est un habitué du GAF. Il habite non loin de notre épicerie. La vie ne l’a pas épargné, et ses problèmes de santé s’accentuent. S’il ne vient pas pendant 2 semaines, nous nous inquiétons et nous lui téléphonons pour prendre de ses nouvelles. Sa situation financière va s’améliorer dans quelques mois, quand il aura l’âge de toucher sa retraite. Il continuera alors à venir pour le plaisir de bavarder.

Madame A est pianiste virtuose, ce qui n’est pas nécessairement un antidote aux difficultés financières. Lors de son dernier passage au GAF, l’an dernier, elle nous a assuré vouloir donner gracieusement un concert en remerciement de notre accueil. Il ne nous reste plus qu’à installer un piano Steinway sur le parvis de l’épicerie.

Service de légumes