Les anecdotes du GAF – épicerie sociale de Versailles

En plus d’apporter une aide alimentaire, le GAF est un lieu de convivialité. Le masque et la distanciation sanitaire ne nous empêchent pas d’échanger avec nos bénéficiaires sur leur santé, leurs joies ou leurs difficultés.

La poule aux oeufs d’or doit certainement exister. Notre fournisseur nous a facturé 2000 euros pour 360 oeufs, ce qui a fait tiquer notre responsable des achats. Renseignement pris, nous bénéficierons d’un avoir à déduire de notre facture.

M. & Mme AB, réfugiés originaires du Moyen-Orient, ont 6 enfants, âgés de 1 à 21 ans. Sans permis de conduire, Mme peine à rapporter les lourds paniers de vivres du GAF vers chez elle, près des Chantiers. Elle sollicite donc un bénévole pour la ramener avec sa cargaison. C’est l’occasion de bavarder. « Moi habité 10 ans Maurepas. Connais ? » demande-t-elle.

Mme AA réussit à se faire discrète dans un recoin de l’épicerie. Elle dégrafe son corsage pour allaiter son nourrisson, pendant qu’une bénévole lui prépare le panier avec les denrées que la maman a choisies au préalable.

M. Z prend le soleil sur le parvis du GAF, et se décide à rentrer chez nous pour le plaisir de bavarder. Dans la tenue estivale du baroudeur qu’il a été dans sa jeunesse, il nous raconte sa vie tumulteuse, tout en prétendant avoir dirigé un chantier au Congo, et avoir été premier de la classe en littérature durant sa scolarité. Qu’à cela ne tienne, nous lui demandons ses auteurs préférés. Et ne voila t-il pas qu’il nous déclame “Le corbeau et le renard”.

Une musique assourdissante, venue de l’extérieur, envahit soudain le GAF ce samedi vers midi. Nous sortons et gravissons l’escalier menant au parking entre 2 immeubles. Cinq musiciens entourés d’une cinquantaine de joyeuses personnes célèbrent un mariage algérien. Le mari porte un large vêtement dont il couvrira son épouse, symbole de protection. C’est ce que nous explique Mme Y, ancienne bénéficiaire du GAF, que nous reconnaissons dans l’assistance.

Il est déjà 11h45 quand Mme X arrive au GAF. Nous sommes un peu gênés pour la servir, la caisse est déjà fermée, mais nous lui proposons un panier de dépannage. “Pas du tout”, nous dit cette bénéficiaire de notre épicerie, “aujourd’hui, je suis seulement venue vous apporter un curry de poulet à la chinoise. Pour le personnel !” précise-t-elle. Elle offre même les ramequins pour nous répartir le délicieux plat.

Sur la table “produits à donner” trône une boîte de conserve sans étiquette. Nous la proposons à Mme W qui est Ukrainienne : “prenez, c’est peut-être du caviar !”. La réponse fuse immédiatement : “jamais goûté moi !” Cette boîte sera finalement donnée à M. AA qui promet de nous envoyer une photo du contenu.

Il nous arrive d’accueillir au GAF des bénéficiaires ne parlant pas un mot de français. Ce matin-là, Madame V vient pour la première fois. Nous voyons sur sa fiche qu’elle vient d’Inde. Une bénévole se lance : « seb ?». Madame V ne comprend pas. La bénévole va chercher un fruit et lui dit : « pomme en français, seb en hindi ». Son visage s’éclaire d’un large sourire. La préparation du panier peut commencer.

Grâce au dévouement des bénévoles et à la générosité des clients des supermarchés, de belles collectes permettent au GAF de s’approvisionner régulièrement. Cerise sur le gâteau, notre épicerie a récupéré récemment des dizaines de boites de conserve cabossées, donc invendables, offertes par le magasin de Buc où avait lieu la collecte. Nos bénéficiaires en profitent sans bourse délier. Monsieur U a choisi une boîte mystère, sans étiquette. Fin de l’énigme à son prochain passage.

Du fait de ses allergies, Mme T ne peut pas laver ses vêtements avec la lessive en poudre que le GAF propose habituellement. Par chance pour elle, de la lessive liquide avait été obtenue lors de la dernière collecte à Viroflay.

Monsieur S a le cœur sur la main. Voisin d’une bénéficiaire du GAF, il la véhicule et rapporte même un 2e panier pour une autre dame qui vient d’accoucher. M. est d’origine Mauricienne, issu d’une famille de 10 enfants, tous élevés dans la foi et dans le souci des autres : par exemple visiter les vieux et les malades.

Le GAF relance régulièrement par téléphone les bénéficiaires qui ne se sont pas présentés à l’épicerie après l’accord transmis par le travailleur social. C’est ainsi que Mme R, à qui un message avait été laissé, se présente pour obtenir son premier panier. C’est les larmes aux yeux qu’elle confie à la caissière du jour les raisons, liées à tant de difficultés personnelles, qui l’avaient empêchée à franchir le pas.

Notre fournisseur de fruits et légumes nous livre chaque semaine à des prix imbattables. Dans le contrat, nous acceptons 30% de produits surprises, les surplus des commerçants. Ce mardi matin, nous récoltons un cageot de pleurotes. S’ensuit avec les bénéficiaires du GAF une discussion sur la meilleure façon de les agrémenter.

Mme P accompagne sa fille qui fait ses emplettes au GAF. Ne parlant que le russe, Mme P. cherche néanmoins à établir le contact, et pour cela nous montre sur son smartphone les photos de ses chefs d’oeuvre : des roses, un dragon, un chapeau melon, une maison scandinave, un tank, le mont Ararat … tout cela sous forme de pâtisserie. Quelle artiste !

Le GAF a hérité des pelotes de laine d’une dame décédée dans le quartier. Ce qui a fait le bonheur de Mme O qui tricote des écharpes aux couleurs de l’Arménie, son pays d’origine. “Tricoter, cela relaxe : les mains travaillent, la tête se repose” nous confie-t-elle.

Madame N a été bénéficiaire de notre épicerie début 2020, pendant 2 mois, juste avant le premier confinement. Elle vient nous saluer au GAF en ce mois de mai 2021. Désormais, elle est bénévole à la Croix-Rouge où elle distribue des colis alimentaires.

Quand il y a une collecte alimentaire, le samedi après-midi, c’est opération rangement. Pour disposer les denrées dans les étagères, plusieurs bénévoles se mobilisent, parfois en famille. Un parent précise : “les enfants trouvent cela encore plus amusant que les fêtes d’anniversaire”.

Il est déjà 11h45 ce mardi, les 2 lourds sacs de denrées sont confiés à Mme M. qui précise qu’elle va vite prendre son bus n°7 pour Viroflay, bus devant passer 5 minutes plus tard. Entendant cela, un bénévole venu en voiture lui propose de la ramener directement chez elle. Ainsi, ses 4 enfants de retour d’école n’auront pas à l’attendre pour manger.

M. et Mme L sont d’origine marocaine. C’est leur première venue au GAF. Une plaisante conversation s’engage sur la situation économique et politique de leur pays natal. Le montant de leur caddie s’élève à 19 €. Au moment de lui rendre la monnaie sur son billet de 20 €, M. L restitue la pièce en disant que c’est pour aider quelqu’un qui serait bien plus en précarité que lui.

Madame K est contente de se confier : “j’ai connu l’aisance, et maintenant je n’ai plus rien”. Une polyarthrite survenue à l’âge de 18 ans a déformé ses doigts, de sorte qu’elle ne peut même plus ouvrir de boîtes de conserve. Le GAF lui donne généreusement les aliments adaptés dont elle aura l’usage.

Madame J téléphone pour s’assurer que le GAF sera ouvert le lendemain. Elle a plaisir à entendre une voix rassurante, et précise ” Le frigo est vide, qu’est-ce qu’ils mangent les ados !”

Madame I vient pour la première fois comme bénéficiaire du GAF. Du moins le croyons-nous, jusqu’à ce qu’elle nous raconte avoir déjà rencontré des difficultés financières en 2012 et avoir fréquenté alors notre épicerie. Mais entre temps, quand tout allait mieux, c’est elle-même qui fut bénévole à la Roulotte du Secours Catholique à Versailles.

« Les enfants se sont régalés avec Nutella » nous déclare Madame H. Même si le GAF est réticent à distribuer de la pâte à tartiner (on n’en fait pas mention sur la fiche produits), denrée a priori peu diététique, les habitués de notre épicerie savent qu’on a quelques pots en rayon, grâce aux collectes en magasin.

Monsieur G est de bonne humeur. Après sa convalescence, il peut enfin venir au GAF bénéficier de notre aide alimentaire. Car il a été opéré par le meilleur chirurgien qui soit. Et il tient à nous montrer sa longue cicatrice sur le bas du dos, le long de la colonne vertébrale. Aidé de son smartphone, il nous explique ce qu’est une laminectomie lombaire.

Jour de folie ce jeudi 29 avril : nous servons plus de 30 familles, avec moins de bénévoles qu’espéré. Mais nous faisons face à toutes les situations imprévues, tristes ou cocasses, comme lorsque Madame F nous demande où elle peut changer son bébé. Dans la cuisine du GAF, l’évier est aménagé en table à langer.

Madame E est Algérienne et élève seule sa fille adolescente. Son budget est précaire, mais aidée par le GAF et par elle-même, elle a su sortir de la spirale infernale des dettes et des découverts bancaires. Pour fêter son dernier passage à notre épicerie, elle se présente avec un magnifique couscous que les bénévoles se partagent avec gourmandise. Quelques mois plus tard, Mme E. récidive avec un poulet aux olives.

Monsieur D est cuisinier, au chômage du fait de la crise sanitaire. Il vient d’assez loin pour bénéficier de notre aide alimentaire. Il en est tellement satisfait qu’il nous a confié : quand j’aurai à nouveau du travail, je ferai un don au Secours Catholique.

Madame C habite à 2 pas du GAF. Elle nous a été adressée par le CCAS de Versailles. Mais elle a de grosses difficultés pour se déplacer, et ne se voit pas rentrer du GAF avec son panier et son déambulateur. Alors nous lui apportons régulièrement du lait, du beurre, des œufs, des légumes, et son péché mignon, du sucre vanillé pour agrémenter la compote. Mais le plus drôle, c’est qu’à chaque fois que nous l’appelons pour annoncer la livraison, nous avons droit au concert d’aboiements de ses 2 caniches.

Monsieur B est un habitué du GAF. Il habite non loin de notre épicerie. La vie ne l’a pas épargné, et ses problèmes de santé s’accentuent. S’il ne vient pas pendant 2 semaines, nous nous inquiétons et nous lui téléphonons pour prendre de ses nouvelles. Sa situation financière va s’améliorer dans quelques mois, quand il aura l’âge de toucher sa retraite. Il continuera alors à venir pour le plaisir de bavarder.

Madame A est pianiste virtuose, ce qui n’est pas nécessairement un antidote aux difficultés financières. Lors de son dernier passage au GAF, l’an dernier, elle nous a assuré vouloir donner gracieusement un concert en remerciement de notre accueil. Il ne nous reste plus qu’à installer un piano Steinway sur le parvis de l’épicerie.

Service de légumes